ICCP : comprendre l’indemnité compensatrice de congés payés
- samantha1463
- 4 août
- 9 min de lecture
Lorsqu’un contrat de travail prend fin, le salarié n’a pas toujours eu le temps de prendre l’ensemble des congés payés qu’il a acquis. Ces jours ne sont pas perdus : ils donnent généralement lieu au versement d’une indemnité compensatrice de congés payés, plus couramment appelée ICCP.
Derrière cet acronyme se trouve une somme importante du solde de tout compte. Elle permet de compenser financièrement les congés payés acquis, mais non pris, à la date de fin du contrat. Démission, licenciement, rupture conventionnelle, fin de CDD ou mission d’intérim : l’ICCP peut concerner de nombreuses situations.
Pour les salariés comme pour les employeurs, il est donc essentiel de comprendre dans quels cas cette indemnité est due, comment elle est calculée et quels éléments de rémunération doivent être pris en compte.

Une indemnité versée lorsque les congés ne peuvent plus être pris
En principe, les congés payés ont vocation à être pris sous forme de jours de repos. Toutefois, lorsque le contrat de travail se termine, le salarié ne peut plus utiliser les jours qu’il lui reste.
L’ICCP vient alors remplacer ces congés par une somme d’argent.
Elle correspond aux droits à congés acquis et non utilisés à la date de rupture du contrat. Son objectif est simple : éviter qu’un salarié perde le bénéfice de congés qu’il a accumulés en travaillant.
L’indemnité est versée à la fin du contrat et figure sur le solde de tout compte. Elle apparaît également sur le dernier bulletin de salaire parmi les sommes dues au salarié lors de son départ.
En CDI, l’ICCP est due quelle que soit la cause du départ
Pour un salarié en contrat à durée indéterminée, l’indemnité compensatrice de congés payés est due dès lors qu’il reste des congés acquis et non pris à la date de fin du contrat.
La cause de la rupture n’a, en principe, pas d’incidence sur ce droit.
L’ICCP peut ainsi être versée en cas de démission, de licenciement, de rupture conventionnelle, de départ à la retraite ou encore de rupture de la période d’essai.
Elle reste également due en cas de licenciement pour faute grave ou pour faute lourde. Même lorsque le comportement du salarié justifie une rupture immédiate du contrat, les congés payés qu’il a déjà acquis ne sont pas supprimés.
Cette règle distingue l’ICCP d’autres indemnités de rupture, dont le versement peut dépendre du motif de départ ou de l’ancienneté du salarié.
En CDD, les congés non pris sont également indemnisés
Les salariés en contrat à durée déterminée peuvent eux aussi bénéficier d’une ICCP lorsque leur contrat arrive à son terme et qu’ils n’ont pas pris l’ensemble de leurs congés.
L’indemnité peut également être due lorsque le CDD est rompu avant la date initialement prévue, notamment pendant la période d’essai, en cas d’accord entre les parties, d’embauche du salarié en CDI, de faute grave, de force majeure ou d’inaptitude constatée par le médecin du travail.
Dans les faits, les CDD étant souvent relativement courts, les salariés ne prennent pas toujours leurs congés pendant la durée du contrat. L’ICCP représente donc fréquemment une part significative des sommes versées à la fin de la relation de travail.
Elle est distincte de l’indemnité de fin de contrat, aussi appelée prime de précarité. Lorsque cette dernière est due, elle est prise en compte dans la base utilisée pour calculer l’indemnité compensatrice de congés payés.
Une règle spécifique pour les salariés intérimaires
Les salariés intérimaires perçoivent également une indemnité compensatrice de congés payés à la fin de leur mission.
Son montant ne peut pas être inférieur à 10 % de la rémunération brute totale perçue pendant la mission. L’indemnité de fin de mission entre elle aussi dans la base de calcul.
Par exemple, si un salarié intérimaire perçoit 1 500 euros brut de rémunération et 150 euros d’indemnité de fin de mission, la base de calcul atteint 1 650 euros. L’ICCP minimale correspond alors à 165 euros brut.
Comme pour les autres contrats, cette indemnité est versée à la fin de la relation de travail et apparaît sur les documents remis au salarié.
Deux méthodes de calcul en CDI
En CDI, l’employeur doit comparer deux méthodes de calcul : la règle du dixième et la règle du maintien de salaire.
Il doit ensuite appliquer la méthode la plus avantageuse pour le salarié.
La règle du dixième
Selon cette méthode, l’indemnité de congés payés correspond à 10 % de la rémunération brute de référence perçue pendant la période d’acquisition des congés.
Lorsque le salarié a déjà pris une partie de ses congés, le montant est ajusté en fonction du nombre de jours restant à indemniser.
Le calcul peut notamment tenir compte du nombre de jours ouvrables ou de jours ouvrés utilisé par l’entreprise pour décompter les congés payés.
La règle du maintien de salaire
La seconde méthode consiste à calculer la rémunération que le salarié aurait perçue s’il avait travaillé pendant la période correspondant aux congés non pris.
L’employeur tient alors compte du salaire du salarié, de son horaire de travail et du nombre de jours ou d’heures correspondant aux congés concernés.
Cette méthode vise à reproduire le plus fidèlement possible la rémunération qui aurait été versée si les jours avaient été pris sous forme de congés.
Le montant le plus favorable doit être retenu
L’employeur ne peut pas choisir librement la méthode qui lui coûte le moins cher. Il doit effectuer les deux calculs et verser le montant le plus élevé.
Par exemple, si la méthode du maintien de salaire aboutit à une indemnité de 866,66 euros brut et que la règle du dixième aboutit à 873,60 euros brut, c’est ce second montant qui doit être versé au salarié.
Cette comparaison constitue un point essentiel lors de la vérification du solde de tout compte.
Comment l’ICCP est-elle calculée en CDD ?
Pour un salarié en CDD, l’indemnité compensatrice de congés payés correspond généralement au dixième de la rémunération brute totale perçue pendant le contrat.
Lorsque la prime de précarité est due, elle entre dans la base de calcul.
Prenons l’exemple d’un salarié ayant reçu 18 300 euros brut de rémunération pendant son CDD et une indemnité de fin de contrat de 1 830 euros.
La base de calcul s’élève à 20 130 euros. L’ICCP correspond alors à 10 % de cette somme, soit 2 013 euros brut.
Cette règle doit toutefois être mise en perspective avec les congés éventuellement déjà pris pendant le contrat. L’indemnité a vocation à compenser les droits qui restent dus au salarié, et non à lui verser une seconde fois des congés dont il a déjà bénéficié.
Quels éléments de rémunération sont pris en compte ?
Le calcul de l’ICCP ne repose pas toujours uniquement sur le salaire de base.
Plusieurs éléments peuvent entrer dans la rémunération de référence, notamment les heures supplémentaires, les majorations pour travail de nuit, certaines primes liées à l’activité du salarié, les commissions, les avantages en nature ou encore certaines rémunérations versées pendant des absences assimilées à du travail effectif.
La prime d’ancienneté peut également être prise en compte dans certaines situations, tout comme un treizième mois lorsqu’il rémunère directement une période de travail déterminée.
Pour les salariés en CDD, la prime de précarité entre dans la base de calcul. Pour les intérimaires, il en va de même pour l’indemnité de fin de mission.
Le traitement d’une prime dépend cependant de sa nature réelle et de ses conditions de versement. Son intitulé ne suffit pas toujours à déterminer si elle doit ou non être incluse.
Certaines sommes sont exclues du calcul
Toutes les sommes versées au salarié ne sont pas nécessairement intégrées dans le calcul de l’ICCP.
Les remboursements de frais professionnels sont exclus, puisqu’ils ne constituent pas une rémunération du travail.
Certaines primes peuvent également ne pas être prises en compte, notamment les primes de bilan, les primes d’intéressement, les primes de participation ou certaines primes annuelles versées globalement, sans lien direct avec une période de travail précise.
L’analyse doit donc être réalisée au cas par cas, en tenant compte du contrat de travail, des bulletins de salaire, de la convention collective applicable et des conditions de versement de chaque élément de rémunération.
Quel impact en cas d’arrêt maladie ?
Les périodes d’arrêt de travail peuvent avoir une incidence sur la rémunération de référence utilisée pour calculer les congés payés.
En cas d’accident du travail ou de maladie professionnelle, le calcul tient compte de la rémunération que le salarié aurait perçue s’il avait continué à travailler.
En cas de maladie ordinaire, les règles de constitution des droits à congés et de calcul de la rémunération de référence doivent également être examinées avec attention. Selon les règles applicables, une rémunération reconstituée peut être prise en compte.
Ces situations peuvent rendre le calcul plus complexe, en particulier lorsque le salarié a connu plusieurs périodes d’absence au cours de la période de référence.
Une indemnité soumise aux cotisations et à l’impôt
L’ICCP est considérée comme un élément de salaire.
Le montant calculé est donc exprimé en brut. Des cotisations et contributions sociales sont ensuite déduites avant le versement au salarié.
L’indemnité est également soumise à l’impôt sur le revenu et, le cas échéant, au prélèvement à la source.
Le montant net effectivement reçu est par conséquent inférieur au montant brut indiqué dans le calcul.
Parce qu’elle a la nature d’un salaire, l’ICCP peut aussi faire l’objet d’une saisie ou d’une cession dans les mêmes limites que les autres éléments de rémunération.
L’ICCP peut se cumuler avec d’autres indemnités
L’indemnité compensatrice de congés payés est indépendante des autres sommes versées à l’occasion de la rupture du contrat.
Elle peut donc s’ajouter à une indemnité de licenciement, à une indemnité de rupture conventionnelle, à une indemnité compensatrice de préavis, à une prime de précarité ou à une indemnité de fin de mission.
Elle peut également être versée en même temps qu’un rappel de salaire, des heures supplémentaires non réglées ou des primes encore dues.
Chaque somme répond à une finalité différente. L’ICCP compense exclusivement les congés payés acquis que le salarié ne pourra plus prendre en raison de la fin de son contrat.
Le cas particulier des caisses de congés payés
Dans certains secteurs professionnels, les congés payés sont gérés par une caisse dédiée.
C’est notamment le cas de certaines entreprises du bâtiment et des travaux publics, du transport ou du spectacle.
Lorsque l’employeur est affilié à une caisse de congés payés, il remet au salarié un certificat précisant ses droits. L’indemnité peut alors être versée directement par la caisse, et non par l’entreprise elle-même.
Le salarié doit donc vérifier les modalités propres à son secteur avant de conclure à une absence de paiement sur son solde de tout compte.
Comment vérifier son solde de tout compte ?
Lorsqu’un salarié quitte une entreprise, plusieurs éléments doivent être contrôlés.
Il convient d’abord de vérifier le nombre de jours de congés acquis, le nombre de jours déjà pris et le solde restant à la date de départ.
Il faut également identifier le mode de décompte utilisé par l’entreprise : jours ouvrables ou jours ouvrés. Cette distinction peut modifier la présentation du solde et le calcul du nombre de jours à indemniser.
Le salarié doit ensuite examiner la rémunération de référence retenue, en particulier lorsque sa rémunération comprend des primes, des commissions, des heures supplémentaires ou des avantages en nature.
En CDI, il est utile de vérifier que l’employeur a bien comparé la règle du dixième avec la méthode du maintien de salaire.
Enfin, le montant brut de l’ICCP doit apparaître clairement sur les documents de fin de contrat et correspondre aux sommes effectivement versées.
Ce que cela implique pour les employeurs
Pour les entreprises, le calcul de l’ICCP ne doit pas être traité comme une simple formalité de paie.
Une erreur sur le nombre de jours restants, la rémunération de référence ou la méthode de calcul peut entraîner un rappel de salaire et un litige avec l’ancien salarié.
Les employeurs ont donc intérêt à fiabiliser le suivi des congés, à conserver une trace des jours acquis et pris et à vérifier systématiquement les éléments variables de rémunération avant d’établir le solde de tout compte.
Les équipes RH et les gestionnaires de paie doivent également tenir compte des dispositions conventionnelles. Une convention collective ou un accord d’entreprise peut prévoir des règles plus favorables que les règles générales.
Une gestion rigoureuse des congés tout au long du contrat permet ainsi de sécuriser la rupture et de limiter les incompréhensions au moment du départ.
Une indemnité à ne pas négliger
L’ICCP peut parfois sembler secondaire face à l’indemnité de licenciement, à la prime de précarité ou à l’indemnité de rupture conventionnelle.
Elle représente pourtant une somme parfois importante, notamment lorsque le salarié a accumulé plusieurs semaines de congés non pris ou qu’il perçoit une rémunération variable élevée.
Pour le salarié, bien comprendre son calcul permet de contrôler son solde de tout compte et de s’assurer que l’ensemble de ses droits ont été respectés.
Pour l’employeur, une méthode de calcul claire, documentée et conforme aux règles applicables constitue un moyen de sécuriser la fin de la relation de travail.
À retenir
L’indemnité compensatrice de congés payés est versée lorsqu’un contrat se termine alors que le salarié dispose encore de congés acquis et non pris.
Elle peut être due en CDI, en CDD et en intérim, quelle que soit, dans de nombreuses situations, la cause de la rupture.
En CDI, l’employeur doit comparer la règle du dixième et la méthode du maintien de salaire, puis retenir la solution la plus favorable au salarié. En CDD et en intérim, l’indemnité représente généralement au moins 10 % de la rémunération brute prise en compte, avec intégration de certaines indemnités de fin de contrat ou de mission.
L’ICCP est versée en brut, soumise aux cotisations sociales et à l’impôt sur le revenu. Elle peut se cumuler avec les autres indemnités dues à la fin du contrat.
Au moment du départ, la bonne question n’est donc pas seulement : « Combien de jours de congés me reste-t-il ? », mais aussi : « Comment ces jours ont-ils été calculés et indemnisés ? »



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